vigtete03b.jpg
baguettess.jpg

Je vous amène à Londres,
dans le quartier de "Thames street"
à l'époque des contes de Canterbury.
Et c'est pleine lune...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L'écorce

Ce bois magique se distingue des autres
de par son écorce creuse et curieuse.
C'est un de ceux qui font voir autrement,
qui effacent de la main les contours du réel
et vous laisse pantois sitôt charme rompu.
"C'est à la lueur de la bougie que j'écris ces mots,
la nuit s'en vient, les cheminées fument sur les toits
et ma ville s'endort familière et fatiguée.
Je m'appelle Geoffrey, je vis dans les combles
d'un marchand de vin, distilleur d'eau de vie,
qui me loue son grenier pour quelques pences.
C'est une longue mansarde aux poutres noires de suie
habitée de choses désuètes et de quelques souris
que je nourris parfois de croûtons de seigle.
Ces petits animaux m'enchantent de leur présence
tant qu'ils ne grignotent pas mes livres et cahiers !
J'ai disposé mon pupitre et bureau juste sous la lucarne.
Ainsi la clarté diaphane les rayons de la lune
teinte d'un bleu de Prusse le geste de ma plume.
Derrière moi, mon lit, ma paillasse, une chaise à bras
et la grande armoire aux grimoires bien rangés.
Hier, en fouillant dans les malles et coffres
qui s'empoussièrent au fond du pigeonnier,
je découvre sous le linge cet étrange objet de bois
roulé avec soin dans un vieux parchemin.
Ce manuscrit enluminé d'or, ses croquis d'alchimie
et son sceau de cire m'interrogent grandement.
Sans être né de la dernière pluie Londonienne
j'ai lu moult ouvrages et articles sur la question.
Connaissant l'usage de ces instruments magiques,
je vais ce soir tenter le sort...

J'esquisse alors, comme le veut la tradition,

un décor de fortune à la craie sur le plancher.

Un cercle, une étoile et la bougie au milieu.

Mais la baguette restera muette, rien ne se passera...

Sur ce j'enfourne une bûche dans le poêle

et me couche tantôt pensif pour peu dubitatif.

Quelques jours plus tard, un lundi je crois bien,

après quelques essais infructueux, je décide

d'aller la revendre à un camelot de passage.

En bas de l'escalier il y a ce long et sombre couloir

où résonne le chant d'un oiseau entré là par imprudence.
 

titre
titre

press to zoom
1280-ecorce12
1280-ecorce12

press to zoom
1280-ecorce02
1280-ecorce02

press to zoom
titre
titre

press to zoom
1/9
ecorce.jpg
ecorce.jpg

Ce détail aura son importance.
La porte donne sur une venelle au pavé cabossé.
De ruelles en rues, de ponts en jardinets sauvages
j'arrive sur la place du marché, vide à cette heure.
Au loin, la dernière charrette s'en va en cahotant
laissant peu à peu le silence s'installer, il est midi.
La Tamise est à deux pas avec ses barques et bricks
ses berges accueillantes et ses arbres centenaires.
Je viens souvent m'asseoir à l'ombre sur le rivage
à regarder le fleuve et prendre l'air une heure.
Les tilleuls sont en fleurs, les roseaux ondulent,
au dessus de ma tête le gazouillis des moineaux
enchante mon âme et ravit mes oreilles.
Au moment de saisir l'instrument dans le pli de mon caban,
à l'instant même de toucher son bois ...
j'entends des gens qui parlent tout autour de moi !
Des voix fluettes comme des cris d'enfants
qui s'apostrophent et se chamaillent sans retenue.
À mieux écouter, je me rends compte soudain
que je comprends ce que disent ces oiseaux !
De surprise et d'effroi j'en lâche mon bâton.
Aussitôt le silence revient peuplé de piaillements.
Je le reprends et à nouveau je les entends !
D'instinct, des mots me viennent à la bouche
mais en lieu de propos clairs et distincts,
ce sont des sifflements aigus qui sortent de ma gorge.
Me voilà tantôt en train de discuter avec un merle ...!
Ensuite le temps s'arrête et je deviens ce vieil homme
en mal de garder un secret que je ne puis trahir.
Avec le recul quand je repense à cela, je me dis
que l'enchantement de cette ancienne relique
m'a rendu à l'évidence d'une tout autre réalité."
... Quelques années plus tard, Geoffrey Chaucer publiera
" Le parlement des oiseaux ", un ouvrage mythique
où il écrit que les oiseaux parlent la langue des dieux.
Paru en 1602 chez l'éditeur George Bishop.
De retour chez lui, encore abasourdi, baguette à la main
il entendra distinctement venant du recoin de la plinthe
nos deux petites souris faire un brin de causette...
Âme : Cire du sceau.

Fragment du parchemin
et fer magnétique.

opt-big-ben.jpg