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Souvenance

Il y a fort longtemps, j'habitais une étrange demeure
au crépi craquelé et jauni par le temps.
Pas vraiment solitaire mais je ne voyais pas grand monde.
Cet endroit ressemblait à un village de trois maisons
avec sa route à peine carrossable qui s'arrêtait là.
En arrivant, à gauche, une ancienne bergerie en ruines
et une bicoque en vis-à-vis, biscornue au toit pointu
dont le mur d'angle s'arrondit dans le petit virage.
Un peu plus loin et en surplomb, voilà où je loge.
Une austère bâtisse en partie interdite et fermée,
claquemurée de portes condamnées et couloirs sans issue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Je n'habite que le côté terrasse, ombragé, plein Sud
où j'ai mon atelier, mes pinceaux et plumes d'écriture.
On dirait l'ancien laboratoire d'un chimiste oublieux
au vu des cornues et béchers abandonnés sur le carrelage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


De vieux flacons d'acide en verre à moitié dépoli,
les tablettes et les paillasses en carrés de faïence
témoignent d'expérimentations plus ou moins douteuses
que le Docteur Jekill lui même aurait pu ici pratiquer.
Que de moments insolites ai-je passé là bas...
Une nuit de fin d'été alors que je peins à la gouache
un violoniste fantomatique en redingote blanche,
j'entends distinctement venant de l'autre côté du mur
quelqu'un jouer du violon... Quelqu'un ou quelque chose...
À me pincer jusqu'au sang, ce n'est point là une hallucination.
La pendule indique minuit pile, les volets sont ouverts
et la lune, à l'évidence pleine, rayonne plein ciel.
Cette triste et entêtante mélopée aux accents tziganes
me plongera dans le doute et dans le questionnement.
Puis le silence revint familier, rassurant. Véridique.
C'est pendant ces semaines-là que souvent, la nuit,
au dessus de ma chambre je distinguais des mots,
des chuchotis et des frottements de chaussons.
Je n'y prêtais pas plus d'attention que ça
sachant que des locataires pouvaient occuper
la partie vide que Mr Malœil, le propriétaire,
aurait loué sans m'en avoir d'avance informé.
Une autre fois, je m'endors un peu fiévreux et je rêve.
Je rêve de cette maison biscornue à l'angle de la route
et d'un pendu ballant à l'arbre qui la jouxte.

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Pour moi, c'était la maison des sorcières...
Le lendemain soir à l'heure des moustiques
je repensai à ce rêve incongru et obsédant.
Je sortis sur le perron pour observer le ciel
et, comme poussé par une main invisible,
je me vis descendre en galoches de bois
jusqu'à la maisonnette à l'angle de mes songes...
La porte donnant sur la venelle est entrouverte,
lourde, cloutée et qui gronde sur ses gonds.
Là, devant moi, dans l'obscurité grandissante
quelques balais brosses, de chiendent et de paille
s'alignent avec soin contre le four à pain.
Dans la demi-obscurité j'aperçois tout au fond
des tonneaux empilés et des fagots de bois sec.
C'est dans ce fatras de brindilles cassées
et de toiles d'araignées pleines de poussière
que je trouvai cet improbable et bel objet...
Ensuite je rentrai pour mieux l'examiner à la lumière.
Nul doute, il s'agissait là d'une baguette magique !
Finement sculptée d'écailles comme pommes de pin
et sa poignée d'écorce brute grumelle au toucher.
Je la rangerai plus tard dans mon tiroir secret...
Mais la fin de cette histoire n'est vraiment pas banale...
Quelques temps plus tard, j'étais invité chez ma mère
pour le déjeuner dominical à l'ombre des peupliers.
Il y avait là la Reine-Mère (ma mère) et mes sœurs
dont la belle Isabelle, mon aînée de trois ans.
Lorsque, à table, nous en venions à parler des rêves,
chacun y allait de ses mémorables songeries.
Valérie, ma plus jeune sœur qui habite à Lyon,
a visions de galeries souterraines romaines
qui dessinent sous la ville le squelette d'une carpe.
Puis, c'est au tour d'Isabelle de reprendre le fil.
Au fur et à mesure qu'elle raconte sa version
je deviens pâle, je n'en crois pas mes oreilles !
Elle raconte mon rêve, l'arbre du pendu !
Même endroit, même chemin, même maison,
même arbre mort et même branche !
...
Je n'ai à ce jour aucune explication logique.
Fussent des esprits, des fantômes ou des diables ?
Ou alors, tout simplement une défaillance du temps...


Âme : Magnésite
Fer magnétique.

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